Appel : Comment façonner le “monde d’après” au lendemain de la pandémie du Covid-19?

L’Association des Habitants du Petit-Saconnex-Genève (AHPTSG) lance un appel aux habitants du Petit-Saconnex – et même au-delà – pour construire le « monde d’après »

La crise du Covid19, première pandémie véritablement mondiale dans ses implications sanitaires, politiques et économiques, paralyse aujourd’hui une grande partie du monde. Elle a déjà entrainé des dizaines de milliers de décès sur tous les continents et des millions de chômeurs.

Largement prévisible, elle a pourtant surpris et pris de court tous les décideurs politiques et une grande partie du monde médical entraînant des situations chaotiques, voire dramatiques dans de nombreux pays développés ou émergents, voire en développement.

Au-delà des décideurs politiques, sanitaires et économiques chargés, dans l’urgence, de gérer la crise, la pandémie nécessite, dans un premier temps, une mobilisation générale de tous pour la contenir puis la réduire et, espérons-le, pour l’éliminer définitivement. S’il s’agit d’abord de parer au plus pressé, cela ne nous épargne pas l’obligation d’amorcer simultanément une prise de conscience pour éviter qu’une telle catastrophe se reproduise.

Dans un deuxième temps, la pandémie nécessite une réflexion approfondie et inclusive. Dans ce contexte de nombreuses propositions ont  déjà été avancées pour tenter de façonner le « monde d’après », une tâche d’autant plus complexe qu’elle implique des changements de comportement à l’échelle de toute la planète.

Une riposte globale, entérinée par tous les gouvernements, aussi souhaitable soit-elle, n’émergera pas d’un jour l’autre d’autant qu’elle dépend préalablement de changements de comportement acquis au niveau local. Il est donc impossible, en l’état du monde, d’envisager une stratégie globale. Le postulat reste pourtant d’une simplicité désarmante : les citoyens doivent s’entendre pour construire en commun une vie bonne pour tous, dans un équilibre durable avec l’ensemble des êtres vivants partageant le même espace. Mais engager une telle démarche dans un monde pétri de tensions idéologiques, d’inégalités sociales, de discriminations de toute sorte apparaît aujourd’hui encore illusoire tant l’intérêt général s’estompe derrière des intérêts particuliers.

L’émancipation n’est envisageable que dans une dynamique qui part du bas vers le haut et se construit à travers une mutualisation des intérêts les plus fondamentaux des individus en prenant en compte leurs besoins les plus tangibles. Il s’agit de redéfinir nos aspirations locales pour générer ensuite des changements globaux, en d’autres mots « penser localement pour agir globalement ». C’est la condition d’un nouvel universalisme qui prend ses racines dans les circuits courts, les nouvelles sociétés coopératives, les communautés d’intérêts, la gestion des communs (l’eau, la terre, l’air, la biomasse), les nouvelles solidarités dans les politiques énergétiques, les transports, la culture, les relations intergénérationnelles. Les exemples foisonnent et ne demandent qu’à être stimulés dans de nouveaux cadres réglementaires. Ils se multiplieront ensuite naturellement à travers des structures trans-locales vivifiées par les nouvelles technologies de communication pour trouver, in fine, des applications politiques au plan régional, puis national et enfin transnational.

La société des communs ne rompt pas avec les fondements de la société libérale, l’initiative privée, la propriété privée, le libre fonctionnement du marché, mais elle les subordonne aux droits d’usage qui assurent l’accès à une vie de qualité. Elle rompt en revanche avec les valeurs prédominantes qui, avec l’essor du néo-libéralisme, n’ont cessé d’accroître les inégalités sociales. En ce sens, elle préconise d’autres valeurs politiques, celles qui privilégient les valeurs génératives au bénéfice de tous au détriment des valeurs extractives au seul profit des actionnaires.

L’AHPTSG est convaincue qu’il est possible d’envisager une transition vers l’universalisme enracinée dans les territoires. Elle lance un appel à tous ses membres et sympathisants, et, au-delà, à tous ceux qui considèrent que l’on peut contribuer à façonner un autre monde à partir de changements de comportement initiés au niveau local afin qu’ils contribuent à ces changements qui seuls offriront aux générations à venir l’espoir d’une vie décente.

Nous souhaitons ouvrir un débat aussi large que possible en prenant en considération toutes vos propositions. Mais toutes ces propositions doivent expressément se référer au niveau local.

Avec votre accord, nous présenterons l’ensemble de ces contributions sur notre site web en espérant non seulement qu’elles contribueront effectivement à un vivre mieux au niveau de notre territoire mais aussi et surtout qu’elles stimuleront les changements qui seuls nous permettrons de rêver encore à un meilleur avenir.

D’avance merci

Au nom du Comité
Alain Clerc
Président

                  

Petit-Saconnex, 14 mai 2020