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Éditorial du mois

Eté 2019

Une Maison de quartier au Petit-Saconnex

Depuis plusieurs années, sans succès, l’Association des Habitants du Petit-Saconnex-Genêts (AHPTSG) plaide pour la création d’une Maison de quartier au Petit-Saconnex. Jusqu’à ce jour, cette requête n’a pas été entendue par les autorités municipales compétentes.

Peut-être que les demandes de l’association ne furent ni suffisamment structurées, ni suffisamment véhémentes pour être prises en compte. En tout état de cause, les efforts engagés par l’AHPTSG furent tous rejetés sans que les services en charge de ce dossier ne se donnent la peine de répondre aux attentes légitimes des habitants.

  • Alors que le Petit-Saconnex avec près de 22'000 habitants est l’un des quartiers de la Ville soumis à la plus forte densification, une densification qui a d’ores et déjà sensiblement modifié son environnement en réduisant de manière dramatique la richesse de sa biodiversité,
  • alors que le Petit-Saconnex se bat pour maintenir son caractère villageois aux portes de la Ville,
  • alors qu’en raison de la diversité d’origine de ses habitants et la présence de très nombreuses organisations internationales, le quartier a besoin de lieux d’échanges,
  • alors que la construction de nombreux logement sociaux nécessitent des espaces de sociabilité,
  • alors que cette partie de la ville ne dispose d’aucune infrastructures culturelles,
  • alors que le Centre de requérants des Coudriers devrait disposer au centre du village d’un lieu de rencontres facilitant l’intégration de ses résidents dans le tissu du quartier,
  • alors que le dialogue générationnel - en raison de la présence d’une Maison de Retraite du Petit-Saconnex - nécessite une plate-forme facilitant les échanges entre nos jeunes et nos aînés,
  • alors que les jeunes du quartier n’ont aucun lieu de rencontres, les autorités restent sourdes aux exigences du développement de ce quartier. Cette situation ne peut plus durer.

Elle peut d’autant moins se prolonger que notre association s’est dotée des moyens de relever ce défi et d’accompagner la mise ne place de la nouvelle Maison de quartier. En effet, elle s’est dotée d’une nouvelle structure articulée autour de quatre pôles :

  • un pôle social en nous efforçant de devenir le lieu privilégié pour promouvoir une meilleure qualité de vie et pour offrir tout au long de l’année à tous les habitants du Petit-Saconnex des activités pour les jeunes et les aînés (apéritifs chaque dernier vendredi du mois à la ferme de Budé) dîner de la Saint-Sylvestre, fête de l’Escalade, fête du premier Août, rencontre intergénérationnelles, etc.)
  • un pôle citoyen en participant activement au développement du quartier, en étroite collaboration avec les autorités, que ce soit sur des questions d’aménagement (par exemple au sujet de la redéfinition de la Place du Petit-Saconnex, de l’aménagement  de la route de Ferney et de la construction de la Cité de la Musique), de sécurité, de mobilité,  et bien entendu de soutien à la Maison de quartier, etc.
  • un pôle culturel en organisant tout au long de l’année des manifestations culturelles, conviviales et de haute qualité (balade photographique, balades didactiques, festival de cinéma, concerts, conférences publiques, publication d’ouvrages, promotion des activités culturelles par les acteurs locaux, création d’un Musée du Petit-Saconnex, etc.
  • un pôle d’échanges en assumant pleinement un rôle d’interface entre toutes les activités de l’ensemble du monde associatif du Petit-Saconnex. C’est dans ce sens que notre site web et notre page Facebook ont été réalisés afin de faciliter les échanges d’informations entre tous les acteurs concernés.

L’absence d’une Maison de quartier entrave désormais notre développement et risque de péjorer tous les efforts que nous entreprenons. Cette situation ne peut d’autant moins perdurer qu’il existe une solution pour répondre à notre très longue attente. Cette solution, c’est la restauration au cœur du village, de la ferme de Budé qui - de facto - abrite déjà une partie de nos activités (de nombreuses rencontres, le festival du cinéma, des concerts, etc.).

Aujourd’hui, nous demandons aux autorités de la Ville et du Canton de s’entendre pour que ce bâtiment qui devient libre soit restauré pour matérialiser ce lieu d’échanges si nécessaires aux à la vie du quartier. Sans modifier le bâtiment qui est protégé, nous demandons qu’il puisse accueillir le musée du Petit-Saconnex que nous voulons réaliser et qu’il puisse accueillir - en étroite collaboration avec toutes les associations du Petit-Saconnex - toutes les activités que nous déployons. Avec le nouvel aménagement de la Place du Petit-Saconnex (qui devrait être achevé l’été prochain) et du Parc de la Fédération internationale des sociétés de la Croix rouge et du Croissants rouge), la Ferme de Budé avec son marché et ses diverses activités constitue le lieu idéal ,au centre du village, pour réaliser cette Maison de quartier si attendue et si nécessaire.

Passer à côté de cette opportunité serait non seulement faire preuve d’un laxisme coupable mais serait l’expression d’un mépris incompréhensible des autorités pour tous ceux qui se battent pour assurer aux citoyens du Petit-Saconnex une meilleure qualité de vie.

Alain Clerc

 

Juin 2019

Servent-ils encore les intérêts de la population ?

 

La question s’adresse évidemment à nos élus à Genève tant au Conseil d’Etat que dans les Conseils administratifs car la multiplication des référendums contre une densification sauvage et irresponsable de notre territoire met en évidence le fossé qui les sépare des attentes de la population. Dès lors, deux choses l’une. Soit, du haut de leur tour d’ivoire, nos magistrats perçoivent mieux que les citoyens les exigences de notre développement et ils ont raison de persévérer et de poursuivre l’artificialisation des sols à outrance pour le bien de leurs administrés qui eux, dans leur ignorance, ne sont pas en état de saisir la complexité des enjeux et se trompent en refusant leurs ukases. Soit, victimes de leur dogmatisme, nos élus sont emprisonnés dans une perception dépassée de notre développement et deviennent incapables d’ajuster leurs décisions aux changements qu’imposent le réchauffement climatique et la perte de la biodiversité.

Retenir la première alternative met en cause les fondements mêmes de notre démocratie car elle nous mène à considérer que l’avis des citoyens sur les questions de notre développement n’est plus justifié. Admettre la seconde option, nous oblige à considérer que nos magistrats œuvrent contre le bien commun et ne méritent plus la confiance de la population. Ce sentiment est aujourd’hui largement diffusé dans la population et motive les appels au dégagisme. 

On pourra toujours objecter que finalement c’est l’ensemble du corps électoral qui décide et que les décisions reflètent bien l’avis de la majorité de la population. Mais cette appréciation doit être nuancée car le poids de nos magistrats influe les décisions de leur parti et ces derniers, à travers leurs recommandations, amplifient encore la position de leurs magistrats. Ce déséquilibre dans le libre choix démocratique ne peut plus être éludé d’autant qu’il est encore péjoré par le poids des acteurs économiques qui gravitent autour de nos responsables politiques. Il est particulièrement mis en évidence dans la négociation internationale. Les représentants des ONG en s’interrogeant sur l’origine des responsabilités du réchauffement climatique l’ont démontré. Dans la mesure où les Etats considèrent que la responsabilité première des émissions de CO2 incombe non pas aux entreprises mais aux particuliers, ils absolvent les entreprises - et en amont les investisseurs (fonds de pension, établissements financiers) de toute responsabilité et les encouragent, de facto, à poursuivre leurs politiques de développement sans égard au climat et à la perte de la biodiversité. Les particuliers qui n’ont aucun moyen de se soustraire aux offres du marché sont condamnés à polluer.  Il n’est pas acceptable de laisser faire les entreprises et ensuite d’en appeler à la responsabilité des particuliers.

Au plan local, le même processus est à l’œuvre. Alors que nous regorgeons de locaux commerciaux vides (300'000 carrés à Genève) et d’appartements vacants, les investissements dans l’immobilier de rendement battent des records avec un risque de suroffre qui devient alarmant. Nos exécutifs laissent pourtant les promoteurs construire, au nom d’une soi-disant liberté du commerce (lorsqu’ils ne les encouragent pas). En refusant de s’opposer aux investisseurs - avec lesquels ils partagent souvent des liens très (trop) étroits - nos magistrats non seulement privent les citoyens d’un droit de regard sur la gestion de leur devenir mais ils concourent au réchauffement climatique et à la destruction de notre biodiversité et réduisent notre aspiration à une meilleure qualité de vie. Cette complicité est avérée notamment dans les projets de densification au Petit-Saconnex, à Cointrin, à la Praille-Acacias-Vernet, et au Grand-Saconnex (Pré-du-Stand). Cette politique prétendument menée pour répondre à un manque de logements contribue au contraire à susciter une croissance qui à son tour appelle à la construction de nouveaux logements. Elle est souvent réalisée par des acteurs politiques qui ne craignent pas d’afficher leurs aspirations écologiques et osent même plaider, sans vergogne, pour un changement de paradigme. Qui plus est, elle fausse le jeu démocratique car elle place les citoyens devant le fait accompli en les trompant sur les enjeux de notre développement et en en conjuguant habilement les deux concepts de progrès et de croissance alors qu’il conviendrait de les dissocier. Cette irresponsabilité va faire exploser notre empreinte écologique et ne peut aboutir, si on laisse faire, qu’à artificialiser l’ensemble de notre territoire. Elle doit être fermement condamnée en appelant les forces vives et intelligentes, et particulièrement les jeunes, à réagir. Car leur survie en dépend.

Pierre-André Marti

 

 

Mars 2019

Pas assez de « bon » Etat, trop de « mauvais » Etat

Depuis de nombreux mois, se développe presque partout en Europe une montée de colère diffuse contre le monde politique et les pouvoirs publics. Ce mécontentement prend diverses formes d’un pays à l’autre. Il résulte de nombreux facteurs ce qui rend encore plus difficile la tâche du monde politique qui ne sait comment gérer ce mécontentement. Notre pays est encore épargné mais le sentiment de frustration qui a saisi l’électeur lambda est de plus en plus perceptible. Il se traduit notamment par le refus d’engager des réformes alors que celles-ci n’ont jamais été aussi nécessaires et par une critique farouche de tous ceux qui remettent en cause la possibilité d’une fin de notre croissance. En Suisse, cette attitude se vérifie avec l’incapacité du parlement d’adopter une loi pour réduire le réchauffement climatique et par une fuite en avant avec des propositions de sous-enchères fiscales pour assurer notre compétitivité.

A l’échelle cantonale, nous assistons à des comportements semblables. Ainsi nos autorités entretiennent des projections économiques fondées sur les perspectives d’un Plan directeur complètement biaisé qui ne prend en compte ni les enjeux environnementaux, ni les bouleversements sociétaux. La décision du Grand Conseil de brader la zone agricole du Pré-du-Stand au Grand-Saconnex et de condamner à l’exil le dernier paysan de la commune, pour construire des bureaux et des terrains de sport dans un des lieux le plus pollué de la République en est un exemple. Et l’aberration de cette décision n’a pas pour autant dissuader une majorité de parlementaires de voter ce déclassement. Il en est de même avec les propositions du Conseil d’Etat qui postulent une sous-enchère fiscale pour rendre encore plus attrayant sur le plan démographique un espace vital déjà très restreint. Et cela sans réfléchir aux conséquences de cette politique sur la qualité de vie de nos concitoyens. Comme si inéluctablement, une croissance exponentielle représentait le meilleur moyen de répondre aux attentes des habitants de ce canton.

Sur le plan communal, le comportement de nos élus reste également figé sur des concepts d’aménagement totalement dépassés. L’exemple de la destruction projetée du dernier espace en Ville de Genève qui entretient encore un aspect villageois en est la meilleure illustration. Le Petit-Saconnex connaît l’une des densifications les plus fortes en Ville de Genève mais le Conseil administratif avec une majorité au Conseil municipal veut encore et encore détruire un espace traditionnel de petites villas et de jardins richement arborisés qui donne son cachet au village pour les remplacer par des barres sans âme qui anéantiront de manière irréversible ce qui fait le charme de ce coin de notre territoire. Cela avec la seule et unique idée qu’il faut impérativement bâtir pour répondre à une demande de logements sociaux artificiellement provoquée par des politiques fiscales mises en œuvre par ces mêmes autorités.  Dans un autre quartier du Petit-Saconnex, le Conseil administratif s’est même opposé à la création d’un espace vert de sociabilité en obligeant les enfants à jouer dans la rue au milieu des véhicules !

Genève a mis en place en matière de promotion du logement social le pire système réglementaire imaginable en l’axant sur le seul objectif de maximiser la construction d’appartements. Ce faisant, il abandonne la responsabilité de de la qualité de l’habitat et de l’aménagement aux seuls promoteurs. Comme les marges bénéficiaires de ces derniers sont limitées, les promoteurs réduisent au maximum les coûts de la construction et de l’aménagement des nouveaux quartiers au détriment des futurs locataires. Il s’ensuit des logements de piètre qualité et très peu d’aménagements extérieurs. Cela aboutit à un dirigisme extrêmement lourd, contraignant et pusillanime sans que l’Etat - dont s’est pourtant la première obligation veille au bien-être des habitants. Un gâchis total qui en définitive accroît encore le mécontentement de la population. Il serait temps que les choses changent. Avec des pouvoirs publics qui prennent en compte à la fois les exigences de la transition écologique et les aspirations de la population pour une meilleure qualité de vie.

Jean Hertzschuch - AHPTSG

 

 

Janvier 2019

Face au climat qui est malade, face à la nature et aux animaux qui souffrent, face aux inégalités grandissantes et face à l’incurie de nos gouvernements, il n’y a qu’une solution, la solidarité, la société civile qui choisit le vivre ensemble plutôt que le vivre pour soi.

C’est pour moi, la raison d’être de toute association. À l’intérieur, les voies sont nombreuses selon les sensibilités propres à chacune et chacun. Que ce soit par le partage d’événements culturels, ou par la mobilisation pour le climat, pour la biodiversité, ou par la solidarité avec les plus démunis, ou encore par le partage d’un savoir-faire (jardinage, permaculture, plantation d’arbres, repas, bricolage, écriture, lectures, musique, arts visuels, yoga, taï chi ou autres…) les pistes sont plus que nombreuses pour dépasser ce qui nous divise et combler les failles du monde politique, politique au sens large de civilité. Il s’agit d’un vaste programme et d’un défi à relever pour améliorer un espace, celui de l’altérité, de notre rapport avec le monde sensible et donc bien sûr, de notre quartier.

Un exemple parmi beaucoup d’autres, les oiseaux, vous l’aurez certainement remarqué, sont en diminution au Petit-Saconnex. Alors qu’il y a quelques années en arrière j’ai pu observer jusqu’à vingt-cinq  espèces d’oiseaux différentes, aujourd’hui je n’en compte plus qu’une dizaine. Ceci est symptomatique de notre dégradation de qualité de vie. Lorsque les printemps seront silencieux, il sera beaucoup trop tard pour réagir. Il est urgent de lutter contre le bétonnage systématique de notre espace de vie lequel détruit ce qui reste de biotopes et d’espace de rencontres. Il est urgent d’encourager toute initiative allant dans le sens de la sauvegarde de nos arbres et de nos espaces verts aussi bien pour les oiseaux que pour nous. J’ai pris l’exemple des oiseaux comme baromètre de la qualité de vie et aussi parce qu’ils me sont chers, et que leur diminution est très alarmante. En résumé il y a plein de défis à relever et ces derniers peuvent être abordés sous plusieurs angles, à chacune et chacun de choisir ceux qui lui conviennent le mieux.

Catherine Demolis - AHPTSG